Architectures traditionnelles

L'habitat traditionnel en Deux-Sèvres est influencé à la fois par le paysage et la géologie des territoires : habitat regroupé ou dispersé, matériaux, techniques de construction, etc.

Réhabilitation d'une maison traditionnelle dans la marais poitevin

Réhabilitation d'une maison traditionnelle dans la marais poitevin - Photo : Y Le Diméet (CAUE 79) - - © CAUE79

L'habitat rural et son environnement immédiat sont probablement, parmi les legs reçus de la société traditionnelle, ceux qui offrent le plus de variété.

Le mode de groupement de l'habitat, les influences et les contacts culturels divers qu'a connus la région, l'organisation sociale de la communauté et ses habitudes agricoles, les techniques de construction et les coutumes relatives à la maison sont autant de critères à prendre en considération pour étudier et comprendre l'architecture rurale, Inscrite dans un terroir, la maison rurale en révèle par les matériaux dont elle est construite, les particularités ; elle signe par l'organisation des espaces et des bâtiments les modes de relations d'une société à une époque donnée ; elle annonce par la qualité de son bâti, le rang et la fonction de ceux qui l'habitaient.

Certaines caractéristiques dues aux contraintes naturelles, historiques et socio-économiques sont prépondérantes dans un certain nombre de maisons rurales, mais l'on ne pourra faire abstraction de l'évolution propre de chaque pays et de chaque construction rurale qui en constitue son patrimoine.

Paysage et Géologie

Territoire et transition entre le Massif Armoricain et le Bassin Aquitain, les Deux-Sèvres offrent une variété de reliefs et de paysages et par là même, de pays.

Le département regroupe en ses frontières administratives des oppositions géologiques et donc paysagères - tels les plaines sédimentaires du Thouarsais et du Sud des Deux-Sèvres, les bocages granitiques et schisteux du Bressuirais et de Gâtine et la dépression soulignée des conches et des rigoles du marais.

L'altitude, le climat océanique et surtout la nature du sol définissent ainsi les caractéristiques de la végétation, orientent les principales activités agricoles et par conséquent les modes de groupement et la physionomie de l'habitat de chacun des terroirs constituant le département des Deux-Sèvres.

Les pays et leur mode de groupement

Dans les plaines s'agglomère la population dans les chefs lieux de canton et quelques gros villages. Les effectifs épars ne représentent jamais plus de 40 % du nombre total d'habitants. A l'écart du bourg, un hameau, une exploitation constituent les seuls éléments de dispersion. Une telle localisation résulte de coutumes diverses : exploitation du finage par des pratiques communautaires, recherche de points d'eau et de sécurité. Les maisons d'habitation et les bâtiments agricoles tournent le dos à la rue et regardent vers le midi. Les murs, aveugles sur la rue, protègent de l'intrusion visuelle. « Les maisons se suivent en rangs pressés le long des rues, formant un tout compact ; les jardins restent invisibles le plus souvent »... note Charles Passerat.

Les plaines de Niort et du Thouarsais possèdent ainsi un habitat très concentré. Celle de La Mothe-Saint-Héray offre par contre un habitat plus diffus.

Le groupement en hameau est propre au plateau mellois. Il est lié à l'existence de nappes phréatiques à 15 ou 20 m de profondeur et présente quelques caractères particuliers : « autour d'un puits commun se serrent les unes contre les autres plusieurs maisons, chacune avec ses dépendances ; le tout forme un ensemble de constructions d'un seul tenant ; les jardins et les vergers sont situés derrière les maisons d'habitation ». Une caractéristique marque le paysage de ce pays : le cimetière familial protestant isolé dans les champs ou jouxtant les habitations avec la présence d'ifs et de cyprès. Dans les régions de contact comme : la Gâtine orientale, le nord du plateau mellois où le finage- gagne le massif ancien ou incorpore des terrains plus humides, l'habitat se disperse. La population éparse domine et représente 60 à 80 % de la population rurale. Les écarts se multiplient, invisibles depuis les hauteurs cachées dans le bocage. Le Val de Sèvre, l'Entre Plaine et Gâtine, la Vallée du Thouet annoncent déjà la dispersion de l'habitat.

Les régions du Massif Armoricain telles le Bressuirais et la Gâtine se caractérisent par un habitat dispersé. L'humidité et l'imperméabilité du sol expliquent la présence du bocage et la dispersion de l'habitat sous forme de hameaux de peu d'importance ou, dans bien des cas, d'exploitations isolées. Le bourg, regroupant généralement moins de 10 °% de la population, présente souvent seulement la fonction administrative : mairie, école, église et cimetière.

Au Sud-Ouest du département, le Marais Poitevin, territoire résultant du comblement du Golfe du Poitou, présente un habitat souvent linéaire, établi sur les levées de terre bordant les canaux et les conches. Les villages et agglomérations ont choisi les avancées du plateau calcaire ou les îles ancrées dans les vallées tourbeuses de la Sèvre.

Le milieu, les préoccupations agricoles et. la société rurale ont donné leur physionomie aux aménagements agraires. Le XX siècle, par l'apport de ses techniques nouvelles, a bouleversé les paysages comme l'organisation de l'habitat. Il n'est donc plus de règle, les paysages et les groupements d'habitat évoluent aujourd'hui suivant de nouveaux critères.

Les matériaux et leur mise en œuvre

Qu'il s'agisse des matériaux ou de leur mise en oeuvre, l'économie est manifeste dans la réalisation des constructions rurales. Les matériaux utilisés sont en ttès grande partie ceux fournis par l'environnement immédiat.

Ainsi les différences les plus marquantes dans l'habitat rural des différents terroirs des Deux-Sèvres résident dans les matériaux de gros oeuvre : murs de schiste et de granite pour le Bocage et la Gâtine aux moellons irréguliers provenant des chirons (terrains à affleurement rocheux) et donnant cet aspect sévère aux constructions, calcaire dans le reste du département dont les moellons réguliers parfaitement assisés donnent aux murs un aspect « tricoté ».

Les murs de moellons sont généralement constitués de deux parements liaisonnés entre lesquels est introduit un blocage de pierre et de terre. Pour les renforcer sont placés à intervalles réguliers des boutisses, pierres longues reliant les deux parements du mur. Un chaînage de pierre de taille est généralement intégré pour les murs de grande portée. Seuls sont en pierre de taille des chaînages d'angle, les lin teaux et piedroits des ouvertures des habitations, contrairement aux linteaux des dépendances et bâtiments agricoles qui sont en bois.

La brique fait son apparition dans le Bocage et la Gâtine, plus rarement en Plaine pour les encadrements de baie d'habitations récentes (milieu XIXe siècle). Les murs des habitations sont généralement couverts d'un crépi, parfois même seulement la façade principale ; les autres, comme celles des dépendances, étant à joints « beurrés » au mortier de sable, de terre et de chaux donnant ainsi une même teinte à toutes les constructions d'un même pays.

La terre fut parfois utilisée, généralement sous forme de torchis, pour les cloisons ou même les murs porteurs soit en l'appliquant de part et d'autre d'un clayonnage soit en remplissant les espaces vides d'une structure en bois. En dernier lieu le bois, principalement le châtaignier, sous forme de bardage posé horizontalement, pouvait fermer les hangars ouverts ou « balets » en Gâtine ou dans le Sud des Deux-Sèvres.

Les couvertures sont en tuiles creuses dans tout le département excepté dans le Thouarsais où l'ardoise rivalise avec la tuile. Ce matériau est également utilisé pour la couverture des bâtiments publics et des « maisons de maître » signant ainsi par cet emploi le pouvoir qu'ils représentent.

Structure des exploitations rurales

En Deux-Sèvres, d'une manière générale, les bâtiments constituant une exploitation agricole sont disposés suivant un ordre précis autour d'une cour ouverte ou délimitée par un muret.

Les cours fermées ne se trouvent, pour la plupart, que dans le Sud-Est du département et caractérisent les fermes d'une certaine importance. On les retrouvera également en Charente.

D'autres peuvent présenter une disposition linéaire, bâtiments agricoles et habitations étant distribués sous un même toit ou simplement accolés.

Chaque exploitation se compose d'une (ou plusieurs) habitation, d'une grange abritant également l'étable, de « toits » à cochons, chèvres et poulaillers et parfois d'un hangar ouvert ou « balet » abritant le matériel agricole et le bois. S'ajoutant à ces différentes bâtisses, les petits bâtiments usuels liés à la vie quotidienne : four, puits qui peuvent être communs à plusieurs exploitations.

Les habitations les plus modestes et sûrement les plus anciennes (XVII-XVIIIe siècles) ne sont constituées que d'une seule pièce surmontée d'un grenier généralement accessible par une échelle, parfois par un escalier de pierre accolé au mur pignon.

Il est probable que les familles ont longtemps vécu dans cette seule pièce « à vivre » puis avec l'amélioration du niveau de vie au XIXe siècle, une deuxième pièce servant de chambre fut annexée au module initial, le grenier n'étant toujours utilisé que pour l'engrangement des récoltes.

Ce type d'habitat est le plus répandu en Deux-Sèvres et constitue par excellence le type de maison rurale des agriculteurs du début XIXe siècle.

La façade de ces habitations comprend une porte et une fenêtre pour le premier module et généralement deux fenêtres pour les modules suivants. La porté d'entrée donne directement dans la pièce « à vivre » aux multiples fonctions (salle commune - cuisine - chambre) ; s'y retrouvent la cheminée et l'évier de pierre, surmonté d'un oeil-de-boeuf et signalé sur la façade par la « queue du bac », pierre destinée à rejeter loin du mur les eaux usées.

L'importance de l'investissement s'estime également à la qualité du bâti : encadrement et ordonnancement des ouvertures, croupe des toitures, existence de corniche et de génoise. Indépendamment de la qualité de la construction, le statut de l'habitant se lit également dans la structure de l'habitation. Celle du métayer devant abriter plusieurs familles est vaste et dispose d'un grenier, Celui-ci disparaît souvent dans les maisons du bordier qui ne dispose que d'une pièce.

Dans la deuxième moitié du siècle dernier, les logements se font plus vastes, les deux pièces chambre et salle commune, sont desservies et séparées par un couloir médian, L'étage, servant soit de grenier, soit de chambres disposées de pari et d'autre du palier, est accessible par un escalier situé dans le couloir d'entrée.

En façade, les ouvertures sont distribuées symétriquement par rapport à la porte d'entrée. Cette distribution confère à la façade principale un équilibre qu'on ne peut transformer sans en casser l'harmonie. Apparaissent à la même époque et particulièrement dans les plaines du Sud des Deux-Sèvres des bâtisses vastes et aux façades bien ordonnancées, maisons de maître composées au rez-de-chaussée par deux ou quatre pièces situées de part et d'autre d'un couloir, au l' étage par les chambres, au deuxième le grenier.

En conclusion, il ne faut en aucun cas oublier que l'habitat rural a évolué depuis sa construction tant sur le plan de son architecture que sur celui des modes d'habitation et d'exploitation.

On ne peut donc aujourd'hui vouloir le figer systématiquement dans l'état dans lequel nous l'avons trouvé. Il faut pour le conserver savoir le faire évoluer en ne niant pas les techniques nouvelles et le mode de vie actuel.

Sans pour autant en dénaturer ses caractéristiques principales, l'habitat rural ne vivra que parce que nous aurons su le faire exister aujourd'hui.

[Source : Anne Thévenin, ancienne directrice du CAUE des Deux-Sèvres]

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